14 février 2012

Qui est-tu Hervé Renard?


Certains profiteraient de cette victoire zambienne pour sortir un magnifique florilège de jeux de mots tels que "Docteur Hervé Mister Renard", "le roman de Renard", "Hervé Renard, de Cannes à la CAN" ou encore "la victoire des gens biens"... Mais laissons cela de coté, vous les retrouverez tous dimanche dans Stade 2, et penchons nous plutôt sur l'homme qui est à la base de cette victoire, l'homme à la chemise blanche, un croisement entre Gilles Verdez et David Ginola : Hervé Renard.


Après une carrière de joueur non concrétisée, du coté de l'AS Cannes notamment, Hervé Renard a commencé son parcours de coach à Draguignan, alors en CFA2 pendant qu'un de ses anciens coéquipiers cannois, un certain Zinedine Z., faisait lever la France. «Là je me suis aperçu que sans technique on ne pouvait pas jouer» confiait l'ancien rugueux défenseur il y a quelques jours sur son passage dans le Sud. Entraîneur mais pas seulement, puisqu'en même temps ... il montait son entreprise de nettoyage, anecdote que Téléfoot ne se lassera pas de préciser. Repéré déjà pour ses qualités de meneurs d'hommes et pour le jeu qu'il prodigue, Claude Leroy, autre entraîneur-globe trotteur national, le fait changer de dimension en l'entraînant en 2002 en Chine. Ainsi, aux Cosmos de Shanghai puis à Cambridge (quatrième division anglaise) en 2004, Hervé Renard fait ses armes aux cotés de l'ancien directeur sportif du PSG avant de revenir tenter sa chance en France, du coté de Cherbourg à partir de 2005.

Sa carrière en terre africaine débute en 2007, sous l'impulsion là encore de Leroy qui, devenu entraîneur du Ghana, l'intègre comme entraîneur-adjoint. A la CAN 2008 les Black Stars terminent troisième, cette performance permet à Renard de se faire un nom en Afrique et de prendre dans la foulée les rênes de la sélection de Zambie. Deux ans plus tard, il emmène cette (déjà) surprenante équipe des chipolopolos - littéralement "boulets de cuivre" - en quart de finale de la CAN, seulement défaite aux pénalties face au Nigéria, pour la première fois depuis 14 ans. A l'issue de cette compétition, il quitte la sélection zambienne pour tenter l'expérience ailleurs mais, après deux tentatives ratées en Angola et à l'USM Alger, il revient à la tête de cette sélection en novembre dernier, soit moins de trois mois avant la CAN ! Profitant d'un système et de joueurs qu'il connait bien, ce retour est - on ne peut que le clamer - bénéfique aux deux parties et la sélection zambienne atteint son apogée le 12 février dernier à Libreville en remportant face à la Cote d'Ivoire la vingt-huitième Coupe d'Afrique des Nations.

Contrairement à plusieurs autres sélections africaines comme le Ghana, le Sénégal ou la Cote d'Ivoire, la Zambie compte principalement sur des joueurs évoluant sur le continent africain, très peu de joueurs évoluant en Europe. Pour ces derniers évoquons tout de même les cas de Jacob Mulenga, actuellement à Utrecht, passé par Châteauroux (mais absent lors de cette CAN. Ceci est une anecdote un peu inutile, mais parler de Chateauroux dans un article sur la Coupe d'Afrique des Nations, cela n'a pas de prix) ou encore Emmanuel Mayuka, une des révélations de cette CAN, qui évolue aux Young Boys de Berne. Les autres joueurs évoluent principalement en Zambie, au Congo ou en Afrique du Sud, comme Kennedy Mweene, le gardien qui s'est montré à son avantage face aux Drogba, Niang et autres Gyan. La Zambie a surtout séduit lors de cette compétition par le style de jeu qu'elle a produit, fait de passes courtes et de vitesse d'exécution (Pep qui ?), se basant sur des joueurs comme Mayuka avec un important bagage technique, la sélection d'Hervé Renard en a séduit plus d'un. Surtout, son principal apport fut au niveau mental. Il s'était ainsi souvent exaspéré de ce manque d'envie de ses hommes, de leur simple envie de bien figurer. Le "sorcier blond" les a transformé.

Outre cette qualité de jeu que l'on retrouve sur le terrain, Hervé Renard s'est distingué par un caractère bien trempé. Il est autant introverti en dehors d'un terrain que démonstratif sur la touche, parfois trop d'ailleurs, ceux qui ont vu des extraits de la CAN l'ont peut être remarqué...En tout cas c'est un sérieux concurrent pour Frédéric Antonetti ou René Girard pour le titre d’entraîneur-aboyeur ! Osé, comme son coup en demi-finale en mettant sa star Mayuka sur le banc sous prétexte de "je veux que tu te reposes pour être prêt sur les 30 dernières minutes, et tu devras marquer", et la magie opéra ... De plus, son caractère se retrouve dans chacune de ses déclarations concernant ses méthodes. Pour lui, seul le coach forme l'équipe et l'entraîne. Si l'attitude de la fédération zambienne, qui le laisse totalement maître de ce coté - fait plutôt rare en Afrique - lui convient parfaitement, c'est également un message pour les clubs de l'élite européenne et surtout française, les Bernard Lacombe et autres Léonardo, avec lui c'est niet.

Maintenant qu'il a ajouté la ligne "vainqueur de la coupe d'Afrique" sur son CV d'entraîneur, gageons que les clubs français vont s'intéresser un peu plus à celui qui, il ne l'a jamais caché, rêve de revenir et de réussir en France. Même s'il ne se voit pas en un "sorcier blanc" dans la lignée des Claude Leroy, Bruno Metsu ou Philippe Troussier, la perspective d'emmener cette équipe zambienne dans les éliminatoires de la Coupe du Monde 2014 risque toutefois de retarder son retour dans l'hexagone. Il déclarait encore récemment "je rêve de première division, en France, Angleterre, ailleurs, comme tout entraîneur je rêve d’entendre l’hymne de la Ligue des champions". Affaire à suivre donc. Et dire qu'il y a quelques mois à peine, il a été débouté par des clubs de national... Certains ont vraiment le nez fin !

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